Complications de l’alcool

 

I – DÉFINITION

Alcoolisme comportant des maladies, des lésions organiques relevant de l’action toxique d’une imprégnation habituelle et prolongée par l’alcool.

II – SIGNES CLINIQUES

Signes observables sans investigations particulières, peuvent être observés à l’œil nu !

  1. Physiques

Trouble trophique et capillaire 

    • faciès vultueux (rouge, congestif, gonflé)

    • télangiectasies (capillaires sanguins dissimulés sur le visage)

    • angiomes stellaires (niveau abdominal) anomalie des capillaires en forme d’étoile, c’est le témoin d’insuffisance hépatique

    • conjonctives rouges et ictériques

    • faciès terne sans rougeur

Trouble digestif

    • nausée (pituites matinales : remontée acide venant de l’estomac qui peut témoigner d’un ulcère ou d’une gastrite

    • anorexie sélective le plus souvent à l’égard de la viande et des graisses

Trouble neurovégétatif

    • tremblement des mains et quelquefois également de la langue, le matin qui vont être calmé par le premier verre d’alcool

    • des sueurs

    • des signes de polynévrite des membres inférieurs (crampes, fourmillement, douleurs qui peuvent aller jusqu’au déficit moteur) du aux carences en vitamine B1 lié à un défaut d’absorption au niveau digestif (sécheresse cutanée, chute de poils, ongles striés). TTT apport en vitamine B1 et B6.

  1. Psychiques

Troubles du caractère, qui vont avoir des conséquences sociales et professionnelles

    • irritabilité

    • impulsivité

    • colère brusque

    • souffrir d’anxiété

    • crise de jalousie injustifiée

    • trouble de l’humeur

    • période d’euphorie et de dépression

    • hyper émotivité

    • isolement

Rendement intellectuel

  • diminution du rendement intellectuel, de la performance professionnelle, de la capacité d’adaptation qui peut amener à une désinsertion professionnelle

Trouble de la mémoire

  • conséquences multiples

  1. Somatiques

Hépato-digestive 

      • cirrhose

      • hépatite

      • gastrite

      • pancréatite

      • problème de varice oesophagienne consécutive souvent à une cirrhose

Neurologique 

      • polynévrite des membres inférieurs

      • encéphalopathie

      • démence alcoolique

  1. Syndrome de sevrage

Il survient après 12 à 24h de sevrage, et il va associer de façon variable selon les individus, des troubles du caractère qui sont :

      • irritabilité

      • anxiété

      • agitation

      • cauchemar

ainsi que des troubles neurovégétatifs :

      • sueur

      • tremblement

      • tachycardie

      • hypertension artérielle qui peut évoluer vers la micro tension

et signes digestifs :

      • anorexie

      • nausées

      • vomissements

Ces signes vont céder à la reprise du premier verre d’alcool.

III – DÉLIRE SUBAIGU ALCOOLIQUE = PRE DELIRIUM

  1. Facteurs déclenchants

On retrouve quelque fois certains éléments qui peuvent amener à ce délire subaigu alcoolique qui peut être :

      • une infection

      • un traumatisme physique (accident…)

      • un traumatisme émotionnel (deuil, rupture sentimentale…)

      • alcoolisation massive la veille

      • excès de boisson pendant plusieurs jours

      • quelque fois sans éléments particuliers

  1. Signes cliniques

  • Majoration du tremblement habituel au niveau des doigts, des mains et de la langue.

  • Etat d’agitation anxieuse

  • Souffre de dysarthrie

  • Incoordination motrice

  • Trouble de l’équilibre

  • Sueur importante

  • Délire confuso-onirique (rêve éveiller) qui va affecter tous les sens, et surtout la vue avec des zoopsies (thème animalier) mais aussi des thèmes professionnels dans un délire très persécutif.

  1. Traitement

  • Mis en place très rapidement afin d’éviter le delirium tremens qui est lui, une urgence vitale.

  • Patient hospitalier en unité de médecine ou de réa :

      • hydration

      • thérapeutique

      • alimentation riche en protéine

  • Le traitement va être un anti épileptique + anxiolytique (ex : Valium®) et une vitaminothérapie B1 B6 et la vitamine PP.

IV – DELIRIUM TREMENS

Urgence vitale, complication aigue de l’éthylisme chronique, du le plus souvent à un sevrage brutale. La différence notable avec les signes clinique c’est qu’il va y avoir une hyperthermie avec déshydratation importante et donc dégradation importante de l’état général.

  1. Troubles psychiques

    • C’est un délire onirique majoré. Les termes du délire sont les mêmes mais aussi les thermes familiaux.

    • Soins infirmiers : enlever tous les objets potentiellement dangereux de la chambre

    • Mécanisme d’hallucination poly-sensorielle :

      • Tactile et auditive.

      • Amplifier par la pénombre (ne pas laisser dans la pénombre)

  1. Signes neurologiques

    • Tremblements intenses et généralisés à tout le corps qui vont surtout intéressé les mains et la langue.

    • Dysarthrie

    • Incoordination motrice

    • Risque de crise convulsive (épilepsie) majeur

  1. Signes généraux

    • Fièvre importante

    • Hyperthermie à 39°, 40°

    • Tachycardie

    • Sueur spectaculaire, sueur en nappe c’est-à-dire sueur profuse qui vont entraîner une déshydratation avec une langue rôtie, une oligurie, et qui peut aller jusqu’au collapsus cardiovasculaire.

    • Trouble hydro électrolytique : hyponatrémie (baisse du Na), hypokaliémie (baisse du K)

    • Enorme déshydratation (réhydratation par glucosé en perfusion + ions mais attention de ne pas provoquer d’encéphalopathie de Gayet Wernicke donc on donne également des vitamines B1 B6)

  1. Causes déclenchantes

    • Délire subaigu non traité

    • Sevrage brutal

    • Un abus massif d’alcool

  1. Evolution

    • Elle est favorable sous traitement en 2 à 4 jours si le patient à été pris en charge assez tôt.

    • Non traité le patient meurt.

    • Il peut persister un délire chronique notamment un délire de persécution.

V – SOINS INFIRMIERS

Ils sont centrés sur le rôle propre.

  • S’enquérir auprès de la famille ou de l’entourage des facteurs déclenchants.

  • Accueillir le patient, le mettre en chemise de l’hôpital et changer ses vêtements, ses draps autant que possible : car sueurs profuses, ses vêtements personnels ne seront pas suffisant !

  • Effectuer un inventaire des effets personnels du patient et ôter tout objet pouvant être potentiellement dangereux contre lui même ou contre les autres.

  • Oter de la chambre tous les objets contendants pouvant servir d’arme par écrasement.

  • Installation dans une chambre individuelle : pour une observation accrue et si possible à l’ écart pour ne pas perturber le sommeil des autres patients :

    • Bloquer les fenêtres : pour prévenir tout risque suicidaire

    • Ne pas éteindre l’éclairage de la chambre car l’obscurité augmente l’intensité du délire

    • On le place près de la salle de soins pour une surveillance accrue

    • Pas de contention : elle augmente le délire et l’agitation

    • L’attitude de l’équipe doit être calme, pas de gestes brusques et on va dédramatiser la situation, les soins, et adopter une attitude calme

    • Surveiller les constantes (T°, TA, POULS).

    • S’assurer de la prise du traitement

    • L’hydrater le plus souvent possible

    • Surveiller l’évolution du délire et du comportement

      • Surveillance clinique : (rôle collaboration)

        • Surveiller l’évolution des signes : conscience, agitation, onirisme, troubles neurologiques, déshydratation (pli cutané, langue rôtie, sueurs)

        • Bilan biologique (Iono, créat)

          • Mise en place du traitement : (rôle prescrit)

            • Réhydratation en perfusion avec apports de sucre, sels minéraux appelé ions et vitaminothérapie B1 B6 PP

            • Anxiolytique et un anti convulsivant (Valium®, Diazépam®)

            • Traitement de la fièvre

VI – DÉLIRES CHRONIQUES

Un alcoolique chronique accuse souvent sa femme d’avoir un ou plusieurs amants, il y a souvent des délires de jalousie qui se manifeste souvent au moment des ivresses et qui vont s’installer durablement même en dehors des ivresses. Ca va donner des délires chroniques.

Les délires paranoïaques sont fréquents dans le cas d’un alcoolisme chronique.

VII – LES ENCÉPHALOPATHIES ALCOOLIQUES

  1. Encéphalopathie de Gayet-Wernicke

    • C’est une urgence grave, c’est une encéphalopathie carentielle du à une carence en vitamine B1.

    • Elle peut être déclenchée par une réhydratation massive de glucosé sans apport de vitamine

    • On va associer :

    • une polynévrite et des troubles psychiques qui se manifestent par une fluctuation de l’état de conscience dans une même journée.

    • des troubles oculomoteurs qui sont une névrite optique et des paralysies oculomotrices et un nystagmus (mouvement rotatoire latérale du globe oculaire)

    • Trouble de la marche avec une hypertonie et des troubles de l’équilibre

    • Détérioration intellectuelle

      • Si traitement précoce l’évolution peut être favorable mais le patient peut évoluer vers une encéphalopathie dit syndrome de Korsakoff.

  1. Syndrome de Korsakoff

  • C’est une carence en vitamine B1 qui se manifeste par des troubles psychiatriques et neurologiques :

    • polynévrite

    • amnésie antérograde : trouble majeur de la mémoire avec une amnésie de fixation de la mémoire, oubli des faits récents avec souvenir ancien conservés au début mais dans le temps sont perturbés.

    • fabulation compensatrice, fausse reconnaissance

    • anosognosie : méconnaissance par le patient de sa maladie

  • Sous traitement de vitamine B1 à forte dose il y a une possible récupération partielle de la mémoire, mais le pronostic est sombre, il finira lentement dans la démence.

  1. Encéphalopathie Porto-Cave ou hépatique

  • Le sang qui arrivent par la veine cave au niveau du foie n’est plus métabolisé et donc arrive chargé en ammonium se qui provoque des dommages importants.

  • Signes cliniques :

  • Astérixis ou Flapping Tremor = tremblement (battement d’extension des mains lent et irrégulier et de grande amplitude qui n’est pas contrôlé, ressemblant a des battements d’aile de papillon)

  • troubles de la conscience pouvant aller de la confusion jusqu’au coma.

  • Traitement :

      • Lactulose® : accélérateur du transit intestinal

VIII – LES DÉMENCES ALCOOLIQUES

Il y a beaucoup d’alcoolique qui sont atteint d’altération intellectuel. Ces démences sont du aux carences en vitamines et à l’action toxique de l’alcool. On a observé notamment une atrophie du cortex cérébrale qui explique ses démences.

IX – LA DÉPRESSION ET LES RISQUES SUICIDAIRES

  • Beaucoup de personne utilise l’alcool en réponse à une maladie psychique, notamment à une dépression. Le problème est que l’alcool entraîne également un trouble de l’humeur, notamment une dépression après sevrage.

  • Il y a une sur mortalité par suicide chez les alcooliques. L’alcool est un facteur favorisant le passage à l’acte d’un suicidaire.

  • Le rôle IDE est de le détecter, dépister, prévenir.

X – L’EPILEPSIE DE SEVRAGE

  • Elle s’observe chez environ 20% des alcooliques chroniques.

  • Elle est fréquente en cas de sevrage brutal.

  • Le sujet âgé alcoolique est pré disposé à l’épilepsie.

XI – LA DÉTÉRIORATION INTELLECTUELLE

L’affaiblissement intellectuel est fréquent avec des troubles mnésiques avec une mémoire essentiellement de fixation, des difficultés d’attention et de concentration qui vont pouvoir évoluer vers un état démentiel franc.

XII – RÔLE INFIRMIER AUPRÈS D’UN PATIENT

ALCOOLIQUE CHRONIQUE

  • Créer une relation sécurisante.

  • Exclure les propos moralisateurs envers le patient, c’est déjà quelqu’un qui se déjuge lui-même et qui a déjà été suffisamment déjugé par les autres.

  • Etre à l’écoute de se patient qui a besoin d’évacuer sa culpabilité.

  • Ne pas le culpabiliser lors des rechutes qui sont fréquentes.

  • Veiller à ce que le patient ne soit pas confronté à des tentations trop importantes (éviter l’introduction clandestine d’alcool dans le service, éviter qu’il sorte dans un premier temps)

  • Apprendre a connaître le patient, sa vie, sa personnalité, sa relation avec ses proches, savoir dans quels circonstances il boit…

  • Rencontrer sa famille sans parti pris !

  • Faire participer le patient à son traitement pour lui rendre son rôle de sujet, on va parler de contrat ou de projet pédagogique.

  • Tous les entretiens avec la famille se feront en présence du patient

  • Veiller au risque suicidaire qui existe

  • Travail de soutiens important car en dehors des périodes d’alcoolisation le patient est très vulnérable

  • Parvenir à modifier ses propres représentations sur l’alcoolisme, car l’alcoolique est une personne en souffrance

XIII – L’ALCOOLISME CHEZ LA FEMME

  • Les conduites féminines restent différentes des conduites masculines

  • A poids égal, l’alcoolémie de la femme est de 20% supérieure à celle de l’homme.

  • Elles vont se caractériser par la culpabilité, la solitude, la clandestinité et par conséquences elles vont être dans le déni.

  • 20 à 25 % des personnes alcooliques sont des femmes.

  • L’âge de début, il est en moyenne plus tardif que chez l’homme.

  • Vulnérabilité somatique plus marquée chez la femme :

      • Face à l’alcoolisme les femmes sont plus vulnérables du point de vue physiologique, à consommation égale, le taux sanguin va être supérieur de 20 % chez la femme par rapport à l’homme.

      • La survenue d’une cirrhose chez la femme au bout de 5 ans, alors que chez l’homme ont peu attendre 20 ans.

      • Atteinte neurologique en particulier les polynévrites sont plus précoce et plus fréquente chez la femme.

  • Les associations médicamenteuses

      • Les potentialisations chez la femme sont plus forte lors de l’utilisation conjointe d’alcool et de médicaments psychotropes.

      • La contraception orale va provoquer des pics d’alcoolémie difficilement prévisibles.

      • Les troubles psychiatriques associés à l’alcoolisme

        • Les troubles psychiatriques sont nettement augmentés chez la femme.

        • Il s’agit plus d’un alcoolisme secondaire et d’une pathologie névrotique alcool = anxiolytique.

        • Alcoolisme solitaire, le soir, dépressif, pris comme un anxiolytique (perte d’un être cher…).

        • Trouble du comportement : l’alcool est absorbé directement au goulot pour combler un manque, un vide. Ca rentre dans un comportement auto destructif.

          • Si relation pathologique à l’alcool : traitement = sevrage total

 

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